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De Terra Incognita vers un Théâtre "Brut"


Vers un Théâtre « brut »


Depuis 2006, le Théâtre de l’Arcane met en place des « ateliers théâtre » dans la salle de spectacle de l’Hôpital psychiatrique Valvert. Il n’est pas inutile de rappeler que nous n’avons pas pour objectif de faire des ateliers « thérapeutiques », des ateliers de divertissement ou des ateliers « passe-temps ». Notre démarche est autre : tenter que chacun des participants, non seulement s’exprime mais invente lui-même ses propres constructions théâtrales, pour cela nous pensons que les séances de travail sont aussi importantes que le résultat, le spectacle.

En 2010, le théâtre de l'Arcane était sollicité pour participer à un projet européen, « terra incognita . Europe », projet d'échange, de collaboration et de coopération liés au théâtre et à la santé mentale (dans le cadre de Programme Culture 2007/2013). Cette action est aujourd’hui terminée.
A Marseille : 5 spectacles théâtre ont été proposés, 1200 personnes ont assisté à ces représentations, des débats, des colloques ont eu lieu, 15 patients ont pu se « déterritorialiser » en allant en Belgique, en Espagne…

Alors… aujourd’hui où en sommes-nous ?

Il est évident que des artistes se confrontant à la maladie mentale au sein d’un Hôpital psychiatrique ne peuvent continuer à « créer » comme si de rien était. La souffrance, mais aussi cette force de vie imprègnent notre réflexion, notre pratique.

Rupture avec la « culture asphyxiante »*

Accepter que des personnes au sein de l’Hôpital aient des choses à nous dire artistiquement, c’est se positionner politiquement, culturellement; c’est affirmer que la « culture légitime » n’est pas obligatoirement émancipatrice.
Souvent, on baisse les yeux devant les productions artistiques. « Parce que c’est de l’Art ! » Nous avons l’obligation « d’accéder à la Culture officielle », n’est-ce pas ? Cela va de soi…

Nous pensons que nous pouvons proposer d’autres façons d’appréhender le monde qui ne soit pas seulement une pâle copie de ce qu’on « doit » accepter artistiquement, (œuvres souvent conformes aux demandes culturelles officielles ou aux modes). Une autre démarche culturelle est possible, en faisant confiance aux possibilités créatrices de chacun d’entre nous.
Citons Balthasar Thomass dans « S'affirmer avec Nietzsche » : « Vous ne devez pas faire ce que n’importe qui devrait faire, mais seulement ce que vous et personne d’autre pourrait réussir. Ce n’est pas forcément quelque chose d’extraordinaire, mais quelque chose d’unique et d’approprié."
L’homme n’est plus spectateur mais devient acteur d’actes artistiques nécessaires pour lui, nécessaires pour nous.
Depuis sa création, le théâtre de l’Arcane a refusé d’entrer dans la « Culture légitime » et a cherché ses chemins propres où personnes en difficulté, en souffrance et artistes pouvaient inventer théâtralement ensemble.

« Une autre façon de faire du théâtre »

Si le Théâtre de l’Arcane a réalisé des spectacles, il a rapidement abandonné toute dramaturgie « linéaire ».
Il a utilisé, pour construire ses spectacles, des segments ouverts, des lignes brisées… Cela venait de la diversité des situations, des thèmes, des ambiances, des rythmes proposés par les acteurs.
Nous avons donc agencé ces moments de théâtre d’une façon non illustrative et non démonstrative.
Notre « rencontre » avec Nelson Rodrigues, écrivain brésilien qui au milieu du siècle dernier avait mis en place une dramaturgie originale où différents plans (réel, souvenir, fantasme, rêve) se succédaient, se rencontraient, se croisaient nous a permis d’affiner notre « écriture théâtrale ».

Du spectacle spectaculaire à la mise en place de rencontres « authentiques »

En nous appuyant sur le travail proposé par Grotowski, nous avons aujourd’hui abandonné l’idée de « faire des spectacles spectaculaires ». Nous pensons qu’il est nécessaire que chacun des participants nous présente des actes peuplés d’expériences uniques, belles ou terrifiantes, et que ces actes, ces paroles n’entrent plus dans des constructions d’un théâtre « savant » où la dramaturgie et la construction sont organisées par un metteur en scène !
Nous orientons notre travail vers la présentation, au cours de rencontres avec un public-témoin, d’actes de créations d’acteurs, à l’état brut. Cela ne veut pas dire que ces propositions soient « bâclées », continuellement improvisées, faites à la va-vite, non ! L’acteur devra travailler pour mettre en place une structure qui lui convienne le mieux.



Vers un théâtre brut
Répétons-le, la plupart des événements « artistiques » sont basés sur l’apparence, le spectaculaire, la performance, le clinquant, le faux-semblant, l’acte dépourvu de tout contenu.
Faisons un pas de côté, abandonnons les critères esthétiques « dominants », soyons dans la capacité de « ressentir » la densité de l’acteur, sa présence, la mobilisation de tout son être, et alors nous pourrons comprendre ce que nous dit Peter Brook : « Les spectateurs pouvaient lire dans les actions toutes simples bien au-delà de qu’elles étaient en apparence ; cette émotion ne nécessite ni préparation, ni éducation, ni référence, et surtout pas de culture. »

Faire en sorte que chaque acteur nous propose ses propres balbutiements mais avec une telle force, une telle densité que ces bégaiements viennent nous troubler, nous émouvoir. Admettre la sincérité, l’authenticité, la densité de l’acteur, c’est tourner le dos aux arts « culturels. »
C’est être dans la mouvance d’un Théâtre brut.

« Et si c’étaient nos rêves » :
Nous proposerons à un public restreint des moments de rencontre, à être témoin d’actes d’acteurs


«Une œuvre d’art n’a d’intérêt qu’à la condition qu’elle soit une projection de ce qui se passe dans les profondeurs d’un être ; et, naturellement, qui a pris naissance dans cet être, et pas qu’on y a fourré». J Dubuffet

* Terme employé par Dubuffet



Michel Bijon juin 2012


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